En lisant…

Souffler sur le vent d’Albane Gellé

couv Souffler sur le ventes-tu certaine de tes doutes
Table du petit déjeuner, matin d’été soleil dans la petite cour, j’ouvre, mal réveillée, Souffler sur le vent d’Albane Gellé et je tombe sur ces mots à la page 37. Et voilà que d’un coup tombent d’eux-mêmes les doutes et questionnement qui m’ont assaillie cette nuit me laissant les yeux ouverts. Oui en suis-je bien certaine ?
Les livres aussi sont parfois des anges, lorsque ouverts au hasard, ils nous donnent une phrase faisant écho à notre paysage intérieur et la possibilité de le voir sous un autre jour.
Tous les livres ne sont pas magiques comme ça mais beaucoup et celui-ci tout particulièrement.

sur un banc j’ai oublié
mon écharpe, et quoi d’autre

Dans Souffler sur le vent, il y a un quotidien d’aujourd’hui, une femme, une mère, des enfants qui grandissent, un immense love, un cheval blanc, la Loire, des anges aussi, des hommes tremblés et des instants arrêtés, donnés à lire avec une sensibilité sans pareille.

te rappelles-tu si près de nous
les taches de cette petite genette
je retenais à bout de souffle
ma respiration de montgolfière 

L’écriture d’Albane Gellé s’y déploie, s’installe dans l’espace et prend de l’ampleur. Très différente de celle des poèmes-blocs de ses livres parus chez Cheyne, elle est comme un souffle qui traverse le vivant, irriguant tout le livre pour se porter vers nous, une respiration qui trouve écho dans le vent du titre et aussi les cerfs-volant, les montgolfières…, surgissant, inattendus, au détour d’un vers.

et si nous allions vers la lenteur ?
malgré nos inquiétudes de cerfs-volants 

Les poèmes ne se privent plus de la ponctuation lorsqu’elle sert le rythme voulu dans l’écriture, guidant le lecteur un peu comme on montre un chemin, à moi en tout cas, me disant : là, comme ça pour respirer large, ouvrir la cage thoracique…

Souffler sur le vent est un livre sur l’ordinaire de vivre, mais un ordinaire ouvert et habité, traversé de pumas, de poèmes marmottes, de sommeil d’opossum et où l’on fait des « enjambées de chat-botté ». Il est difficile d’ailleurs de rendre dans une telle note cet ordinaire si particulier de choses infimes et grandes et cette voix si autre et singulière qu’on en pleurerait de soulagement de n’être finalement peut-être pas aussi seule dans ce monde qu’on le pense parfois.

vous me voyez là effondrée, sans accès
aux brins d’herbe

vous savez bien
ce que l’on malmène

Souffler sur le vent est un livre à lire… et aussi à ouvrir au hasard pour écouter ce qu’il a à nous murmurer.

 

 

                                                                              Souffler sur le vent d’Albane Gellé
La Dragonne, 2015
Note de lecture d’Antoine Emaz

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